Éditorial
Cette publication du cahier spécial N°100 marque la pérennité d’une société d’histoire, le « Cercle des Amis de Sainte-Foy », qui fut fondée en 1948 sous l’égide du Syndicat d’Initiative dont elle constituait alors une section. Un petit groupe formé de Jean Corriger, H. Duvergier, F. Morin, P. Fougerouse, F. Soullard, du Docteur Garrau-Fonneuve et de Jean Morize organisait des conférences et publiait un petit fascicule ronéoté intitulé Sainte-Foy d’hier et d’aujourd’hui. Le numéro 1 parut en janvier 1949. Une « Association des amis de Sainte-Foy et de sa région » selon la loi de 1901 prit la succession de ce cercle initial à l’occasion du congrès de la Fédération historique du Sud-Ouest organisé dans notre cité. Les statuts de la société furent déposés devant M e G. Vicq, notaire le 13 avril 1967 par André Cayre, Jean Corriger, Paul Legendre, Aline Faure, Claude Stroh et Michel Villemiane ; ils parurent au Journal officiel dans son numéro 97 d’avril 1967. Le rythme d’édition des Cahiers des Amis de Sainte-Foy fut d’abord irrégulier puis se stabilisa, sauf numéro exceptionnel, à raison de 2 par année à partir de 1990. Les buts de l’association ont été respectés depuis lors : « Développement de recherches historiques, archéologiques ou autres et d’études locales dans les limites du canton de Sainte-Foy-la-Grande et de ses environs immédiats ; diffusion et divulgation, par voie de presse, édition de brochures ou autres de ces recherches et études. » Que toutes celles et tous ceux qui ont œuvré dans le cadre de notre société depuis plus de 60 ans pour mettre la connaissance historique à la portée du plus grand nombre soient ici largement honorés pour leur engagement désintéressé. Puisse ce numéro 100 marquer le temps de la mémoire d’une humble pierre blanche. Le temps de la mémoire Alors que tout un pan de la vie foyenne est en train de s’effacer à la fois dans le quotidien, dans les souvenirs de chacun comme dans les paysages urbains, alors que de nombreux témoins du « Sainte-Foy d’hier » nous quittent, il est de la fonction même de notre société d’histoire de collationner les contributions, les apports de chacune et de chacun, voire les éléments documentaires ou iconographiques encore disponibles et de les porter à la connaissance du grand public par les expositions, les conférences, les publications – en particulier grâce à notre revue Les Cahiers des Amis de Sainte-Foy. D’où nos éditions de témoignages concernant les réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, les récits des femmes d’origine marocaine et maintenant des traces laissées par l’intense activité commerçante et artisanale qui animait la bastide. Il est temps d’agir parce que les simples photos ne suffisent pas à évoquer le passé proche pour le profane. Si elles parlent aux Foyens, et on l’a bien vu avec tous les conciliabules passionnés qui ont entouré les 160 photographies de l’exposition présentée en novembre 2011 salle Broca, elles doivent être illustrées et mises en musique par les mots des témoins directs ou indirects. C’est pourquoi nous proposons ce cahier spécial qui, espérons-le, en alternant documents photographiques, textes et petits articles sera à la fois une base archivistique et aussi une manière de retrouver tout un décor, toute une atmosphère, tout un monde qui nous échappe. Ainsi que nous l’avons déjà souligné dans de précédentes présentations, le travail de mémoire ne débouche pas à proprement parler sur un récit historique ; il convient de garder un œil critique tout en sachant que des connaissances sont ainsi, malgré leurs imperfections, sauvées de l’oubli. Remercions en premier lieu les acteurs de cette redécouverte, les bénévoles de notre association, toutes les personnes qui ont aimablement accepté de nous prêter des documents ou des clichés, de nous confier leurs souvenirs. L’initiative de cette exposition puis de cette publication revient à Suzy Chassagne épaulée par Danièle Provain et par plusieurs administrateurs de l’association. Un merci tout particulier à Claude Stroh qui a largement abondé notre fonds grâce à ses archives personnelles et qui a œuvré à la numérisation comme au montage. Remercions également la municipalité de Sainte-Foy-la-Grande et la Médiathèque pour leur aide exceptionnelle. Le thème traité, le commerce et l’artisanat, est d’autant plus d’actualité que la cité vient de subir un véritable « électrochoc » ainsi que le dénomme le journal Sud-Ouest, avec la création d’une énorme zone commerciale, le « Grand Pineuilh » suivie du départ de l’enseigne U qui fut durant des décennies «Le » supermarché intégré au tissu local. Certes, le déclin de la ville centre était déjà engagé mais le glissement géographique des activités les plus lucratives ou les plus dynamiques prend des allures de crise aux effets spectaculaires dans les anciennes artères commerçantes. Quant à l’artisanat, il a soit migré soit carrément disparu à l’instar d’un phénomène général. Est-ce que les acteurs locaux tant économiques que politiques, est-ce que les partenaires associatifs, comme la jeune société « Cœur de Bastide » ont les moyens d’enrayer la dévitalisation et de renverser la vapeur ? La volonté existe mais une renaissance ne peut se faire que dans le cadre d’un dynamisme retrouvé de l’ensemble du Pays Foyen et de la Communauté de Communes. Justes parmi les Nations Jusqu’à présent, le Pays Foyen comptait quatre Justes : Georgette et Émile Herpe de Sainte-Foy-la-Grande ainsi que Marthe (Lucie) et Paul Vergnaud de Saint-Avit-Saint-Nazaire. Les époux Vergnaud ont été honorés lors de la remise officielle des médailles qui eut lieu le 7 septembre 2000 à la mairie de Pineuilh. C’est leur sauvetage de la famille Oungre, cachée dans la maison, qui leur valut cette distinction. Pour Georgette et Emile Herpe, la cérémonie fut organisée à Bordeaux, le 6 septembre 2000. M. Herpe dirigeait l’Ecole Primaire Supérieure Jules Steeg devenue Collège Moderne en 1943, rue Langalerie/rue Chanzy, où il mit à l’abri des élèves juifs réfugiés. Simon Oungre et André Lévy furent à l’origine de la reconnaissance de ces personnes par Yad Vashem. Désormais, grâce aux démarches entreprises par la survivante, Madame Nelly Lysek (Jacqueline Bloch), quatre autres personnes viennent d’être reconnues en 2012 comme Justes par Yad Vashem Jérusalem ; nous avons modestement contribué à constituer le dossier en apportant des témoignages ainsi que des informations sur les Juifs, sur leurs protecteurs sous l’Occupation et sur leurs descendants. Yad Vashem vient, en effet, de décerner le titre de “Juste parmi les Nations” à Yvonne Bourdeix, Asunta Guilhem, Pierre et Jacqueline Jay, pour avoir aidé, à leurs risques et périls, des Juifs pourchassés pendant la Shoah. Une médaille et un diplôme d’honneur en leur nom seront envoyés à la mission diplomatique israélienne la plus proche de l’adresse des ayant droit, puis le Comité Français pour Yad Vashem organisera des cérémonies en leur honneur. Leurs noms seront gravés sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des Justes parmi les Nations à Yad Vashem, Jérusalem.