Les Amis de Sainte Foy et sa Région
Société d'Histoire

Revue n°128

Les premières pages de ce nouveau cahier sont consacrées à l’hommage rendu à Georges Provain, décédé en octobre 2025, que Jacques Puyaubert a rendu lors de notre assemblée générale à cette éminente personnalité, membre actif de notre association. Georges Provain est défini comme un homme engagé, engagé au service de l’école de la République en tant qu’instituteur, engagé syndical jusqu’à des responsabilités départementales, engagé dans le domaine social en intégrant la Mutuelle générale de l’Éducation, devenant directeur d’un hôpital de jour en milieu ouvert, puis directeur d’une maison de retraite. Le temps de la retraite n’a pas réduit son engagement, sur le plan associatif dorénavant à Sainte-Foy-la-Grande.

Georges Provain (1936-2025)

 

 

Si l’activité d’un homme politique dans la première moitié du XXème siècle ne capte pas d’entrée tout votre intérêt, laissez une chance à l’exact sujet de cette étude : l’action constante de Georges Bonnet, parlementaire et ministre périgourdin, entre 1932 et 1937. Car le pacifisme n’était pas la position la plus facile à assumer dans la classe politique, fût-ce pour un précoce pacifiste de conviction pendant toute sa carrière ministérielle. Jacques Puyaubert, déjà biographe de Georges Bonnet, s’inscrit là dans le projet de l’Université de Bari pour un prochain Dictionnaire de la paix et des pacifismes en France (1919-1939) : cet ouvrage sera très attendu pour combler un vide sur ce thème. Georges Bonnet, élu député de la Dordogne depuis 1924 avec le Cartel des Gauches, est considéré comme le plus sérieux espoir des radicaux « Valoisiens » en cas d’ouverture au centre. Il crée le ministère du Budget en 1925 et sera le spécialiste attitré du Cartel des Gauches sur les questions économiques, défendant ses positions à la tribune de la Chambre. Il sera proche d’Edouard Herriot auquel il restera loyal malgré des désaccords, proche de Léon Bourgeois à l’origine du concept de sécurité collective, et lié par alliance aux Pelletan, ayant épousé la nièce de Camille Pelletan. Proche de Bertrand de Jouvenel, fils de Henry, proche de Jean Luchaire, fondateur de l’Institut de Coopération intellectuelle ancêtre de l’UNESCO. Son sentiment pacifiste nait de son expérience douloureuse de la Grande Guerre. Il aspire à une conception globale de la paix, que la paix extérieure trouve son assise dans la paix sociale, dans la concorde nationale. Ses penchants progressistes et son profil d’homme d’ordre le conduisent à esquisser les contours d’une vaste formation politique centrale entre le patronat et les collectivistes. Il se rallie au parti Radical. Il entretient des rapports confraternels avec des journalistes, il est introduit dans les milieux d’affaires et a ses entrées dans le « Grand Monde ». La place de Bonnet au sein du parti radical est incontournable mais ce parti connaît de sérieuses lutte de pouvoir entre Herriot, Daladier, Caillaux. Georges Bonnet joue la prudence dans ce dispositif en triangle. Dans les années trente il sera ministre à plusieurs reprises puis président de la commission chargée de la réforme de l’État, fonction hautement stratégique. Georges Bonnet est très engagé contre le Front Populaire dont il critique sévèrement la politique budgétaire et en 1937 il tente vainement de faire basculer le parti radical vers le centre droit. Jacques Puyaubert nous livre une analyse pertinente du processus décisionnel de Georges Bonnet qui éclaire le parcours de cet homme politique. Sont énumérées également les principales entreprises pacifistes engagées par Georges Bonnet de la paix commerciale (conférence de Stresa, conférence économique mondiale de Londres) à la paix monétaire, la paix sociale  et enfin de la paix mondiale.

Les entreprises pacifistes de Georges Bonnet (1932-1940)

 

 

Comment mettre la vie si intense de Pierre Larthomas en quelques pages ? Comment ne rien rater de ses multiples activités autour de la langue et la grammaire, de la littérature et du théâtre ? Les Foyens eux-mêmes ont sûrement beaucoup à apprendre sur ce personnage si attachant, certes né à Sainte Foy, ayant vécu à Paris la majeure partie de son existence professionnelle avant de se retirer en son pays de naissance : c’est que l’homme, est, Christian Lambert le résume ainsi « méconnu du grand public mais totalement reconnu autant que respecté par ses pairs et tous ceux qui l’ont côtoyé ou ont bénéficié de son travail et de sa réflexion ». Il était temps de restaurer la mémoire d’un homme si modeste.

Pierre Larthomas

 

 

C’est un autre Foyen, Jean-Claude Viau-Bounezou, qui nous livre ses souvenirs d’une étape de sa scolarité : le Cours Complémentaire. Il s’agit d’une « classe rattachée à une école primaire élémentaire », étape dans l’extension de l’enseignement public. En 1957, la création d’un cours complémentaire est décidée dans l’urgence. À Sainte-Foy, il sera « agricole », ce qui est une option, à l’initiative de la commune. Le CC, structure bâtarde, permettait d’adoucir la « sélection » brutale du passage en 6ème, les bons éléments des CC découvraient alors qu’ils pouvaient rejoindre la filière noble !

La 1ère promotion du Cours Complémentaire « Agricole » de Sainte-Foy

 

 

Les bastides, villes nouvelles du XIIIème siècle, ne sont pas toutes dessinées selon les mêmes plans, on ne le dit pas assez. D’où l’intérêt qu’il peut y avoir à établir des comparaisons pour nous faire regarder autrement ce que nous avons sous les yeux (parcellaires, îlots, andrones, ruets, rues transverses, rues longitudinales, …). Gilda Bernard en croisant les bibliographies nombreuses sur le sujet et les relevés de terrain, met en évidence des différences, des similitudes, des contraintes topographiques qui nous amènent à mieux comprendre l’organisation de ces villes nouvelles du XIIIe siècle. Ces éléments d’architecture nous permettent de mettre des noms et des fonctions sur des bâtiments, sur des réseaux mais aussi de comprendre l’enjeu politique de certains choix de construction. Et nous savons alors que le modèle architectural de la bastide n’est pas standard, qu’il existe de nombreux modèles parsemés dans le Sud-Ouest et surtout que le modèle architectural ne définit pas la bastide. Et détail d’importance, pour éclairer les méthodes de mesurage mises en œuvre lors des constructions de ces villes, Patrick Bernard nous fait profiter d’un cours de mathématiques appliquées et de la trouvaille pratique permettant d’obtenir des angles droits en toute simplicité : vous verrez désormais les angles de nos rues d’un autre œil !

Éléments d’architecture : regards croisés sur les cadres bâtis des bastides de Pellegrue et Sainte-Foy-la-Grande

 

 

Jeanne de Toulouse, « une célèbre inconnue » sort de l’ombre avec ce portrait que nous présente Jeanne Vigouroux : une vie brève, mais un rôle majeur dans la constitution du domaine royal des Capétiens au XIIIe siècle. Elle et Alphonse de Poitiers fondent des bastides, dont Sainte Foy et Eymet.

Jeanne de Toulouse (?-1271), Comtesse de Toulouse et Marquise de Provence (1249-1271), une célèbre inconnue

 

 

Une rubrique culturelle sera désormais le lieu des comptes-rendus de nos sorties et conférences, de publications et d’événements liés à nos centres d’intérêt. Ce semestre :

Conférence de Juliette Hantrais :  le site de Blis, à la découverte de lointains occupants de notre région

Conférence de Anna-Marie Cocula : revanches et vengeances au temps des Guerres de religion sous le regard de Montaigne

Visite : abbaye de Cadouin, l’architecture religieuse médiévale entre roman et gothique flamboyant

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